“Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps”… Les vers peut-être les plus connus de l’immense Victor Hugo sont consacrés à l’événement le plus grave d’une vie : perdre un enfant. Tous les parents qui ont été confrontés à cette tragédie soulignent à quel point il est impossible de la comprendre pour celles et ceux qui ne l’ont pas vécue. La disparition d’un enfant s’inscrit en effet contre toute logique et tout sens de la vie puisqu’il est considéré par ses parents comme un prolongement, une perpétuation d’eux-mêmes. L’incompréhension et la douleur, souvent indicibles, que suscite cette perte brutale rendent donc extrêmement complexe la phase du deuil. Pour nombre de parents endeuillés, il apparaît en effet presque impossible de surmonter le décès de leur petit, pourtant des chemins existent pour revenir vers la vie.

Comprendre sa propre colère

Après la mort de son enfant, les réactions peuvent être très diverses et il n’existe pas de conduite idéale à tenir. Certains parents se réfugient dans le travail, d’autres sont au contraire écrasés par le chagrin au point de ne plus pouvoir assurer leurs activités. Certains sont particulièrement proactifs dans l’organisation des obsèques, veillant scrupuleusement à la forme que prendra l’hommage et le dernier adieu à leur enfant. D’autres se concentrent sur leurs pensées pour leur fille ou leur fils disparu, confiant à des proches le soin de mettre en place les funérailles, qui exigent souvent une énergie difficile à trouver dans ces moments d’immense peine. Toutes les attitudes sont respectables et illustrent seulement une relation différente au deuil. Quel que soit le rapport au deuil et à la cérémonie funéraire elle-même, un point commun est souvent évoqué par les parents touchés par la perte d’un enfant : la colère.

En effet, de nombreux parents confient avoir ressenti un très grand sentiment de colère après le décès de leur enfant. C’est un sentiment qui peut trouver sa source dans les conditions de la disparition de l’enfant : maladie, accident, suicide, ou plus rare décès par homicide, sont légitimement vécus comme une effroyable injustice, qui crée une forte pulsion de colère. Très souvent, cette sensation de colère insurmontable se double d’une forme de culpabilité et d’impuissance face au drame. “Qu’aurais-je dû, qu’aurais-je pu, faire en tant que parent pour éviter la mort de mon enfant ?” est une question lancinante et obsessionnelle dans les premiers mois voire les premières années du deuil. Les parents ont l’impression, généralement fausse, d’avoir failli à leur mission principale de protéger et voir grandir leur progéniture; Il est essentiel de ne pas refouler ce sentiment, sans se laisser envahir par lui. Comprendre sa propre colère est un premier pas indispensable vers un possible apaisement ultérieur.

Faire vivre son souvenir

Surmonter le deuil de son enfant implique surtout de trouver le chemin d’une nouvelle relation à lui, à travers son souvenir. C’est un travail long et délicat, car la tentation existe de se plonger jusqu’à l’enfermement dans ce souvenir et d’y perdre sa propre existence. De nombreux pères et mères, outre des visites très fréquentes au cimetière où repose leur enfant, se rendent sur les lieux où il a vécu, son école, sa sortie préférée… Laisser sa chambre parfaitement en l’état est aussi un moyen pour les parents endeuillés de préserver ce souvenir dont ils craignent la disparition. Là encore, ce sentiment, cette peur que l’enfant disparaisse une seconde fois, qu’on l’oublie, est importante à comprendre pour pouvoir la réguler voire la dépasser.

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Cela peut passer par des moments spécifiquement consacrés à célébrer cette mémoire, une date anniversaire où se retrouver avec ses proches, les amis du ou de la disparue, pour évoquer des souvenirs communs ou respectifs. Il est aussi possible d’envisager de choisir des dates heureuses à privilégier pour canaliser et positiver le souvenir. Dans les premiers temps, tout dans le quotidien évoque l’enfant parti trop tôt: les gestes anodins comme une lessive ou un petit-déjeuner, les horaires d’un club de sport ou d’une nounou, un formulaire administratif à remplir…C’est la transition vers une autre vie qu’il va falloir opérer, dans le respect du sentiment d’absence. Dans ce travail de deuil, parler son entourage est absolument essentiel.

Repenser les relations avec l’entourage

La perte d’un enfant est un événement qui marque à jamais ses parents bien sûr, mais aussi tout leur entourage: amis, grands-parents, frères et sœurs…Certaines personnes sont des relais cruciaux pour surmonter le deuil, et retrouver un moteur de vie dont on peut avoir l’impression qu’il s’est éteint avec la perte de son enfant. La présence des proches est fondamentale aussi pour éviter une désocialisation consécutive à une dépression ou à un enfermement dans la souffrance. Pour autant il est aussi très important de comprendre que chacun vit également sa propre souffrance. Ainsi, les enfants d’une fratrie sont à la fois une raison de continuer à vivre pour les parents frappés par le malheur, et à la fois des personnes endeuillées à part entière. Établir une nouvelle relation, où l’échange autour de ce moment grave, permet aussi aux parents d’exercer justement le rôle parental qui leur a été ôté par le deuil. C’est une façon de reprendre pied du côté de la vie et d’affirmer que l’avenir est possible, contrairement au ressenti que l’on éprouve face au premier choc.

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Parfois, la réaction des proches (parents de copains de classe, connaissances, voisins…) est déstabilisante: ils peuvent se détourner des parents endeuillés, ou simplement continuer leur vie comme avant, quand on a l’impression à l’inverse de vouloir sans cesse parler du jeune défunt ou de rester comme “bloqué” au moment du décès. L’important est de ne pas ajouter de la tristesse à la douleur, et de s’entourer de personnes avec lesquelles l’échange reste possible. A cet égard, il est très recommandé de se tourner vers des cercles de parole comme “Apprivoiser l’absence”, qui permettent de recevoir l’écoute indispensable pour surmonter le deuil.

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