Dans nos sociétés modernes, la façon de vivre son deuil a largement évolué ces dernières décennies. Il suffit de se souvenir qu’au siècle dernier les manuels de bienséance préconisaient de s’habiller en noir pendant deux ans pour les femmes (dont une année en portant un voile de tulle sur le visage) et un an pour les hommes, en cas de veuvage… on mesure alors le changement important des comportements après un décès. Les individus, comme la société dans son ensemble, exprime différemment l’immense douleur que représente toujours la perte d’un être aimé.

Le deuil : de nos jours

Il faut dire que les conditions de vie et surtout de la fin de vie ont considérablement changé, et que le deuil, cette séparation non-choisie parfois extrêmement violente, a changé aussi. Ainsi les progrès de la médecine permettent parfois d’adoucir la fin de vie, de mieux s’y préparer et de l’anticiper. L’habitude plus fréquente de “refaire sa vie”, dans de nouvelles formes de familles recomposées, rend aussi le deuil parfois moins lourd à surmonter. A l’inverse, il arrive qu’un divorce soit vécu comme la mort d’une relation amoureuse dont il faut faire le deuil, de même que la perte d’un travail ou d’une maison qu’on appréciait particulièrement. Le deuil, au-delà de sa propre mort (lorsqu’on prend connaissance d’un diagnostic définitif, par exemple) ou de la disparition d’un proche, est devenu plus largement un événement traumatique qu’il faut surmonter. Chacune et chacun le vit à sa façon, avec son passé et l’intimité de la relation nouée avec le défunt. Un deuil peut souvent paraître une épreuve totalement insurmontable. Néanmoins, il est possible de le dépasser : voici quelques conseils pour traverser au mieux les étapes du deuil.

Les étapes du deuil

Plusieurs classifications ont été établies pour synthétiser les phases du deuil, dont la plus connue est celle d’Elisabeth Kübler-Ross en 5 étapes. Il est évidemment impossible de faire entrer tous les deuils dans ces catégories : chaque personne endeuillée possède sa propre personnalité et traverse le deuil selon sa propre sensibilité, sans forcément passer par toutes ces étapes, ou en y passant dans un ordre différent. Surtout, il n’est pas rare que la personne en deuil soit sujette à des retours en arrière, qui peuvent être provoqués par un nouveau traumatisme ou un autre incident.

Les phases de Kübler-Ross sont :

Le déni

Le choc du décès est si violent qu’il peut provoquer une réaction de dénégation et de refus de la réalité. Malgré les obsèques et tout ce qui entoure une disparition, la personne n’accepte pas cette disparition, comme si elle ne pouvait littéralement pas avoir eu lieu.

La colère

c’est la phase de recherche de responsabilité, où l’on se blâme parfois soi-même de n’avoir pas pu empêcher une mort, comme celle d’un enfant dont on avait la charge. L’état de sidération de la phase du déni a laissé la place à un état d’exaspération face à la mort, et ceux considérés à tort ou à raison comme ses responsables.

Le marchandage

toujours irrationnelle, la phase du marchandage est celle où, comme son nom l’indique, la personne endeuillée tente de “négocier” le décès, comme si le défunt pouvait revenir.

La dépression

sentiment de tristesse invincible, de fatigue de la vie et de perte de sens, état de prostration : la dépression est une phase particulièrement sombre du deuil, qui peut donner lieu à des conduites dangereuses ou à l’inverse marquer le premier pas vers l’acceptation.

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L’acceptation  

C’est la prise de conscience que l’être cher ne reviendra pas mais que la vie ne doit pas s’arrêter pour autant et qu’il est temps de s’engager dans une nouvelle phase, plus constructive et tournée vers l’avenir.

Ces phases théoriques comportent de nombreuses déclinaisons qui varient selon qu’on vit en milieu urbain ou plutôt rural, plutôt isolé ou très entouré, et autres spécificités locales ou personnelles. Il faut toujours garder à l’esprit qu’elles ne sont pas insurmontables.

La première année, la plus difficile ?

Ce n’est pas tout à fait un hasard si la première année d’un deuil est, dans les grandes religions monothéistes, une année pendant laquelle plusieurs cérémonies ou gestes importants sont accomplis. Il s’agit sûrement de la plus difficile en raison de la proximité de l’événement bien sûr, mais aussi de la répétition, sans la personne disparue, de dates-clefs tout à fait symboliques : anniversaire, anniversaire de mariage, Noël, fête, rentrée scolaire, rendez-vous annuel en famille…Ces moments peuvent être des temps très durs à vivre pour la première fois sans l’être perdu. Il est possible de les transformer en temps d’hommage, en moments de recueillement, par exemple en rendant visite à la tombe du défunt, ou en exécutant un geste qu’il affectionnait. L’important est d’essayer de transformer un sentiment négatif en occasion de célébrer positivement son lien avec le défunt.

Gérer l’omniprésence numérique

On y pense peu mais la présence, voire l’omniprésence numérique, est une vraie source de douleur pour une personne endeuillée. Nous accumulons tous un nombre incommensurable de messages, de posts et autres publications qui nous lient sur nos smartphones et réseaux sociaux, et peuvent être très douloureux si les survivants s’y replongent constamment. Une des solutions est de gérer son deuil numérique exactement comme on organiser des obsèques traditionnelles : en transformant par exemple le compte Facebook du défunt en page d’hommage, et en compilant tous les échanges anciens avec lui sur une clef USB à conserver sans la consulter en permanence.

Parler et ne pas se désocialiser

Il est fréquent de vouloir arrêter le temps à la date du décès provoquant le deuil. On éprouve de la culpabilité à vivre, voire à reprendre une vie normale en allant au travail, en s’occupant des enfants, etc…On s’interroge aussi parfois sur l’attitude des autres survivants, leur empathie ou à l’inverse l’indifférence qu’ils semblent afficher envers ce décès bouleversant pour soi. Tous ces sentiments sont légitimes et méritent d’être exprimés, auprès d’un ami, d’un professionnel de santé, ou d’un groupe de soutien comme Apprivoiser l’absence. En revanche, il est essentiel, tout au long du deuil, et même après une phase d’absence, de ne pas quitter ses lieux familiers (travail, club de sport, association, cercle d’amis…) et de rester entouré pour traverser cette phase pénible le mieux possible et sans risque de conséquences graves.

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